
| Les billets de confiance de la Révolution Française (1790-1793) |
Maurice Kolsky, le 24/06/2007
Dès
les premier signes d'un changement radical politique du corps social français,
des investisseurs étrangers, surtout néerlandais, rapatrièrent
leurs avoirs en monnaies métalliques, or et argent qui se trouvaient
en France. Un trafic routier important fut alors constaté, de lourds
chariots chargés de pièces quittèrent Paris et prirent
la route vers le Nord encadrés par la gendarmerie et des soldats.
Le manque de
numéraire en métaux précieux a rapidement gêné
le grand commerce, tandis que la disparition des pièces de bronze
touchait toutes les couches de la société. Depuis le début
janvier 1792, la France se préparait à la guerre devant les
mouvements belliqueux de ses voisins, le métal a été
alors récupéré et fondu pour fabriquer les canons de
la nouvelle armée.
Entre-temps, la République avait besoin d'une monnaie crédible
gagée sur une valeur sûre d'où la création de
billets de monnaie " assignée " sur les Biens nationaux.
La première émission d'assignats du 16-17 avril 1790 comprenait
des coupures de 200, 300 et 1 000 livres. La deuxième émission
du 29 septembre 1790 consistait en coupures de 50, 60, 70, 80, 90, 100,
500 et 2 000 livres. Six autres émissions suivirent.
Ce n'est
que le 6 mai 1791 que le gouvernement émet des assignats de 5 livres
(photo 1). Or 5 livres égalent 100 sous, un pain d'une livre-poids
valait en moyenne 3 sous 1/2. Le boulanger devait rendre 96 sous 6 deniers
sur le plus petit moyen de paiement d'alors ! Le petit commerce, oxygène
de la vie économique, était asphyxié, le manque de
petite monnaie bloquait toute activité.

Photo 1
Les
municipalités se substituent à l'État
De nombreux entrepreneurs demandèrent, dès 1790, une monnaie
de substitution. En 1791-1792, la vie économique vivait un tel marasme
que de nombreuses municipalités gagèrent spontanément
leurs biens afin de créer des " Caisses patriotiques ".
La garantie des notables insuffla une très haute confiance dans ces
émissions " billets de confiance ". Seule la confiance
a été l'aiguillon de la vie économique et de la paix
sociale durant cette période. Ces billets portèrent 28 appellations
différentes, les plus usitées restent les " billets de
confiance " et les " billets patriotiques ".
Des raisons autres qu'économiques expliquent ce phénomène
:
- les "changeurs" convertissaient les assignats de grande valeur
faciale contre des assignats plus petits avec une retenue de 3 à
4% ;
- les pauvres des communes ne recevaient plus de secours, ni les volontaires
de l'armée leur solde (photo 2).
- les communes, pour des raisons diverses : existence de manufactures, grandes
foires commerciales, éloignement de toute agglomération, furent
ame- nées à créer une monnaie de remplacement.
Saint-Génies de Commolas dans le Gard, regroupant 619 habitants,
a émis des billets entièrement manuscrits (photo 3).
C'est ainsi que 1 800 communes environ sur les 33 000 que comptait la France
d'alors, eurent leur Caisse patriotique. Le besoin en petites coupures fut
calculé au plus juste ce qui entraîna souvent plusieurs émissions.
Ces billets pouvaient être carrés, ronds ou rectangulaires,
imprimés ou manuscrits sur ce qui était disponible : carton,
papier fin, papier vergé, avec ou sans filigrane.
Les petites imprimeries locales ou les plus importantes du département
firent des prouesses pour donner à chaque type de billet une certaine
originalité avec des cadres différents et des ornements stylisés.
Le montant émis était garanti par les assignats, des actes
notariés, des reçus de dépôt, etc. déposés
dans un coffre à trois serrures (une caisse). Il en ressort que la
création de cette monnaie n'a pas augmenté la masse fiduciaire
en circulation car la caisse représentait exactement l'émission.

Photo 2
Photo 3
Les billets de confiance ont eu une vie courte : entre 12 et 18 mois
Dès avril 1792, le gouvernement ne voulait plus d'une monnaie qui
rapidement avait la faveur de la population. L'assignat perdait de sa valeur
alors que le billet de confiance conservait sa valeur faciale. La "Montagne"
fit voter une loi interdisant toute nouvelle émission. La loi de
novembre 1792 obligeait l'échange des billets de confiance contre
des assignats nationaux en sous, émis en janvier et surtout en octobre
1792 (coupure de 10,15,25 et 50 sols).
De sérieuses résistances, voire des troubles, s'opposèrent
à l'échange des billets de confiance. Ceux-ci étaient
considérés comme des monnaies stables. Les caisses dans leur
ensemble furent gérées par des citoyens honnêtes. Les
bénéfices furent distribués aux pauvres de la communes;
les déficits furent comblés par les responsables de ces caisses
patriotiques.
Il y a pourtant bien eu quelques procès et incarcérations
mais ce furent des exceptions.
En revanche, Paris s'est distingué par une faillite d'une caisse
de plus de 5 millions de livres et le gouvernement intervint en avançant
des sommes considérables pour sauver des communes proches de la capitale
qui avaient utilisé les billets de caisses patriotiques parisiennes.
La
tentation des faussaires
Le manque de marque de sécurité sur ces billets réalisés
par des imprimeurs non rompus aux techniques de protections facilita le
travail des faussaires. Une protection imaginée fut l'introduction
des alphabets grec ou hébreu (voir encadré ci-dessous).
La diversité des faux billets est telle qu'elle suscite l'intérêt
du collectionneur averti :
- faux entièrement manuscrits ;
- faux fabriqués par des illettrés avec quasiment une faute
par mot (photo 4) ;
- faux sur papier récupéré sur des documents officiels
;
- signatures fantaisistes ;
- invention de noms de communes, etc.
Il est bon de noter que certaines communes (Marseille, Clermont-Ferrand
)
pour ne pas rembourser les billets qui étaient présentés
à l'échange les déclaraient faux
Si vous avez la chance de trouver un billet de confiance émanant
de votre commune, vous pourrez peut-être reconnaître la signature
d'un de vos ancêtres ou tout au moins retrouver des patronymes qui
vous sont familiers.

Photo 4
Tous
ces billets, âgés maintenant de plus de 200 ans, sont rares
car ils ne sont pas issus de planche à billets ; émouvants
car ils sont les témoins d'un moment difficile de notre pays et vraiment
représentatifs de l'économie réelle de la France. Ils
font partie de notre patrimoine. Ne les laissez pas passer ! Leur rareté
ne peut qu'augmenter avec le temps et le nombre grandissant de collectionneurs
et ils ont la même authenticité qu'une peinture signée
ou une lithographie .
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Anecdote
amusante, à Laigle, un curé, fin du XIXe siècle,
a déchiffré le texte qui entourait le billet de 3 livres.
Ce qui a donné in extenso : "contre cette part (ou
ce produit) celui-ci représenteront dans la nation par légale
partie extrême de diffusion répandue sur la terre entière
le produit laquelle représente la source" et verticalement
: "auprès de l'acquisition la surveillée émission,
représente la source".
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Maurice
Kolsky
Article
paru dans la revue Numismatique & Change n°375 d'octobre 2006
Bibliographie
:
Paru en 2004, Les billets de confiance de la Révolution française
1790-1793, 452 p., 7 500 billets décrits, 1 089 photographies couleurs.
Prix : 85 € franco.
Disponible auprès de l'auteur : Maurice Kolsky, 6, place d'Italie,
75013 Paris.