
| "Dessine-moi un sans mouton" |
Claude Fayette, le 08/12/2004
Il
est bien connu que les moutons aiment à se promener hors de leur
enclos sitôt la barrière entrouverte, entraînant tout
le troupeau d'un même élan.
Ceux du 50 F ST EXUPÉRY en sont un fameux exemple et ils semblent
jouer à cache-cache avec les personnes qui ont eu la chance d'apercevoir
de ci de là leur envie de liberté allant même jusqu'à
dissiper le premier E de ST EXUPÉRY paré un temps d'un drôle
d'accent. Ce premier billet de la dernière gamme au graphisme novateur
nous a réservé bien des surprises dès sa mise en circulation.
Les premières émissions de 1992 et 1993 présentent
une faute d'accent sur le premier E de ST EXUPÉRY qui n'en comporte
pas ce qui a d'emblée soulevé une vive polémique. La
Banque de France réagit aussitôt et modifie le billet qui dès
1994 ressort sans la faute d'orthographe, avec la mention date et nom portée
sur deux lignes au lieu d'une initialement ainsi que le nouveau texte du
code pénal.
Dans le même temps une autre anomalie est décelée. En
1992, une des succursales de la Banque de France de la région parisienne
reçoit un sac contenant des billets de 50F qui après examen
font apparaître des moutons semblant se promener sur le billet allant
même parfois jusqu'à disparaître. Le caissier qui s'aperçoit
de cette anomalie agit simultanément auprès de la caisse générale
avec un rapport relatant les faits et avec une demande d'informations auprès
d'un petit cercle de collectionneurs en prélevant quelques exemplaires
fautés, remplacés bien évidemment par d'autres conformes.

Variété
sans mouton (n°72 ter)
Les collectionneurs interrogés découvrent avec excitation
l'intérêt d'une telle découverte et se proposent aussitôt
pour acheter la totalité des billets fautés. Mais la Caisse
Générale toujours très soucieuse de la qualité
de ses billets s'était empressée de faire reprendre le sac
au grand désarroi des collectionneurs qui réalisent que leur
"trésor" entrevu avait fini en fumée dans un incinérateur
de Chamallières.
Ainsi donc durant toutes ces années seuls les quelques exemplaires
prélevés se rencontraient dans les bourses mais de façon
très isolée.
En 2001, toutes les agences bancaires du territoire Français font
un inventaire détaillé des stocks de billets en leur possession
dans le cadre du passage à l'Euro. C'est alors que le siège
général des banques populaires de la région parisienne
découvre dans un compartiment de ses coffres deux liasses de 100
billets du 50 F ST EXUPÉRY. Il semble que ces deux liasses soient
en réserve depuis un long moment sans raison particulière
ce qui éveille la curiosité de la personne chargée
de l'inventaire. Après un examen approfondi il s'avère que
les moutons devant figurer sur certaines vignettes ont pris des libertés
flagrantes, se promenant de haut en bas, parfois même reproduits en
deux parties, une en haut l'autre en bas, certains ayant complètement
disparu. Fort heureusement les personnes responsables connaissaient la collection
de billets au travers de mes ouvrages et elles considèrent qu'il
serait plus intéressant pour leur banque de proposer ces billets
en tant qu'objets de collection et non plus comme de simples vignettes imparfaites
destinées à la destruction. Après un tri sélectif
qui ne retient que les fautés, une estimation faite sur la base de
mes cotations, le lot de billets sera vendu pour la plus grande joie des
passionnés que nous sommes et c'est la raison pour laquelle depuis
peu on trouve quelques exemplaires qui s'empressent de rejoindre de façon
exceptionnelle les belles collections.
Antoine de ST EXUPÉRY qui a inspiré à Roger Pfund l'iconographie de ce billet était un poète épris de liberté allant même, certes malgré lui, jusqu'à disparaître corps et biens dans on ne sait quelle nébuleuse. Il nous a laissé des écrits qui sont autant de moyens d'évasion propices au rêve poétique et à la fantaisie. S'il pouvait s'exprimer de nos jours, l'espace d'un article, peut-être reformulerait-il sa célèbre phrase en faisant dire au Petit Prince: "Dessine moi un sans mouton" !
La conception
artistique de ce billet commence dès 1980.
C'est Roger Pfund, un artiste peintre de grand renom apprécié
tout particulièrement pour son travail sur les visages et la couleur
qui est retenu par la Banque de France pour réaliser cette vignette.
Tous les éléments marquants de la vie et de l'oeuvre de Saint-Exupéry
sont parfaitement illustrés et ont nécessité un immense
travail de documentation et d'études pour aboutir à la phase
définitive que nous connaissons.
Une fois le travail artistique achevé, la réalisation du billet
lui-même est conçue par des moyens informatiques ultra sophistiqués
et puissants. Le système utilisé appelé ADAGIO ou atelier
de dessin assisté pour la gravure de l'intaglio et de l'offset permet
une précision accrue, un contrôle parfait du graphisme et des
différentes couleurs.
De même pour la réalisation du filigrane, le système
INGRES ou installation de numérisation d'emboutissage de sécurité
permet de graver directement les matrices entre lesquelles sera emboutie
la toile métallique qui servira pour le papier filigrané.
Reconnaissable à son format réduit et à son esthétique
résolument moderne, ce nouveau billet de 50 F constitue la première
dénomination d'une nouvelle gamme aux signes de sécurité
homogènes et terriblement renforcés comme le système
de transfert réfléchissant anti-photocopie ou les encres spéciales
changeant de couleur ou la transvision.
Il est mis en circulation le 20 Octobre 1993.
De 1992 et
1993. Mis en circulation le 20 Octobre 1993.
Au recto sur la droite, portrait d'Antoine de Saint-Exupéry, aviateur
et écrivain français né à Lyon en 1900, disparu
dans une mission aérienne le 31 Juillet 1944 au large de la Corse.
En haut dans l'angle gauche, une petite barre verticale imprimée
en taille douce est destinée aux mal-voyants, à côté
la silhouette ombrée d'un Latécoère 25 vue de face
, dessous "le Petit Prince" faisant référence à
l'oeuvre de l'écrivain, en fond une mappemonde représentant
l'Europe et l'Afrique ou l'on distingue le tracé de deux parcours
effectués par l'aviateur. La valeur en chiffres et en lettres imprimée
verticalement sur la gauche et imprimée en gros chiffres en bas à
droite pour faciliter la lisibilité. Une bande réfléchissante
discontinue "strap" (système de transfert réfléchissant
anti-photocopie) est située verticalement sous l'impression.
Au verso l'avion (Bréguet 14) de Saint-Exupéry sur la gauche
survolant le désert dans un ciel nuageux. En haut à droite
la rose des vents, en dessous "le Petit Prince" sur "sa planète"
surmonté d'une étoile. La valeur en chiffres et en lettres
imprimée verticalement sur la droite, la numérotation, la
date et les signatures imprimées en noir. Dans l'angle droit en bas
"l'article 139..."
Ce billet ne possède pas de numérotation "classique"
seul un numéro d'ordre à neuf chiffres précédé
d'une lettre d'alphabet est répété deux fois au recto
et au verso en bas à gauche. Son papier tout en restant un des plus
fins du monde a été renforcé pour faciliter les opérations
mécanisées. Comme le 20 Francs "Debussy", le 50
Francs "St-Exupéry" possède un fil de sécurité
intégré dans l'épaisseur du papier.
Différents motifs sont imprimés au recto avec des encres soit
à couleur changeante, passant du vert au bleu suivant l'inclinaison
du billet comme le "boa qui digère l'éléphant",
soit incolore laissant apparaître un mouton par surface brillante
nacrée, le motif devient vert fluorescent sous éclairage ultra-violet.
Par une superposition exacte des couleurs recto et verso le "Petit
Prince" apparaît en transvision (observable par transparence),
au recto il est vêtu d'une chemise verte et d'un pantalon blanc et
au verso d'un pantalon vert et d'une chemise blanche.
Au recto le
mouton qui apparaît par surface brillante nacrée devenant vert
fluorescent sous éclairage ultra-violet, n'est pas à sa place
en bas à gauche mais se trouve en haut à coté du "boa
qui digère l'éléphant".
Depuis la découverte de cette "variété" il
y a maintenant 9 ans, très peu de nouveaux billets ont été
retrouvés, et peu d'exemplaires ont été proposés
aux collectionneurs.

Les exemplaires rencontrés portent les numéros suivants :
C 002242036
à 002242049 - J 002242048 à 130 et 002242155 à 283
P 002242034 à 002242286 - S 002242057 à 002242090
T 002242059 à 002242066 - Y 002242090 à 002242251
Z 002442109 à Z 002442143
Cote de Sup à Neuf - 140 à 250 € (Décembre 2002)
De plus en plus de collectionneurs s'intéressent aux vignettes récentes et toutes ces coupures qui comportent des variétés vont devenir des billets incontournables dans une collection.
Au recto le
mouton qui apparaît par surface brillante nacrée devenant vert
fluorescent sous éclairage ultra-violet, n'a pas été
imprimé sur le billet.
Lors de l'acquisition d'un billet de cette variété, il est
important de vérifier l'authenticité de l'anomalie. Pour cela
il suffit de contrôler si les numéros et lettres de série
sont en concordance avec les indications données.
Les exemplaires rencontrés portent les numéros suivants :
F 002242261
à 002242283
M 002242146 à 002242283
Z 002242144 à 002242281
Cote de Sup
à Neuf - 150 à 300 € (Décembre 2002)
Cette variété très recherchée est à surveiller
avec attention, elle devrait devenir un grand classique de la collection.
Les billets de 50 F sans STRAP n°72 Quarto se négocient de Sup à Neuf entre 130 et 280 € selon les différentes dates (Décembre 2002).

Le mouton est coupé en deux, une partie est située en haut du billet, l'autre dans la marge du bas. Quelques exemplaires connus, très rares.

Les exemplaires rencontrés portent les numéros suivants:
J 002242132
à 002242154 - (haut et bas)
Z 002242125 à 002242143 - (haut)
Cote de Sup
à Neuf - 200 à 400 € (Décembre 2002)
Progression
certaine des cotes.
Les lettres F M T Z étant imprimées en bas de la feuille, les billets de ces séries comportent seulement la moitié du mouton dans la marge du haut. Alors que les lettres A G N U imprimées en haut de la feuille ne comportent que la moitié du mouton dans la marge du bas.
Le recto est
identique mais le texte "Saint-Exupéry" à droite
du filigrane a été corrigé.
Le E majuscule de Exupéry ne comporte plus l'accent parasite, et
ce texte n'est plus imprimé sur une seule ligne mais sur deux lignes
en caractères légèrement plus gros.
Le verso est identique seul le texte en bas à droite a été
remplacé par celui du nouveau code pénal mis en vigueur le
1er mars 1994.
"La contrefaçon ou la falsification des billets de banque et
la mise en circulation des billets contrefaits ou falsifiés sont
punies par les Articles 442-1 et 442-2 du Code Pénal de peines pouvant
aller jusqu'à trente ans de réclusion criminelle et trois
millions de francs d'amende".
Cette coupure de 50 F se rencontre avec une surcharge en rouge "Contre-valeur de 7,62 euro" entourée d'un cercle de 12 étoiles. Cette surcharge est tout à fait fantaisiste et n'a rien de sérieux, on peut aussi apercevoir certains billets de 20 F "Debussy" qui comportent une surcharge de "3,05 euro" , ceux-là non plus n'ont rien d'officiel. De nombreux collectionneurs m'ont déjà questionné sur l'authenticité éventuelle de ces billets, après avoir demandé des informations à la Banque de France il faut être convaincu que ces billets n'ont rien à voir avec des billets surchargés et qu'ils doivent être considérés uniquement comme des vignettes de fantaisie.
Article
paru dans la revue Numismatique & Change
de décembre 2002.