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Hector Berlioz et la Villa Médicis
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Pascal Grèze, le 01/04/2013

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Hector Berlioz et la Villa Médicis: « Le spleen, l’ennui, et la mélancolie ».
Tout le monde connaît le billet de 10 francs Berlioz, dont le portrait se dresse devant la belle façade romantique de la Villa Médicis à Rome. Pourtant, derrière cette image rassurante, la réalité est tout autre. Si d’autres pensionnaires trouvèrent le bonheur lors de leur passage à l’académie, il n’en fut pas de même pour Berlioz…

Le 16 février 1831, un bateau Sarde, quittait le port de Marseille, s’engageait en Méditerranée, et mettait le cap à l’est, prenait la direction de Livourne. Après plusieurs jours de calme qui retiennent le brick devant Nice, le vaisseau essuie un coup de vent, aggravé par la folie du capitaine qui a laissé toutes les voiles dehors ! Au milieu de la tempête, qui faillit emporter le navire, « cramponné à une barre de fer du pont », un homme « admirait avec un sourd battement de cœur cet étrange spectacle. » cet homme intrépide et qui bravait les éléments c’est Berlioz !

Né à la côte-Saint-André, une petite ville de l’isère, le 11 décembre 1803, Hector Berlioz est le fils d’un médecin. Après son baccalauréat, son père le destine à la médecine, alors que lui ne songe qu’à la musique ! En 1826, il entre au conservatoire et se présente au concours du grand prix de Rome, qu’il finira par remporter après quatre tentatives infructueuses ! Le 23 Août 1830, il écrit à sa mère : « j’ai enfin le plaisir de vous annoncer, que j’ai obtenu ce fameux prix, il est à moi ».

Ce succès n’allait pas sans quelques sacrifices. En effet, pour pouvoir toucher son prix (1), le règlement de l’académie de France, obligeait Berlioz à passer deux ans à Rome ! Berlioz, qui venait de composer la Symphonie Fantastique, n’avait aucune envie de quitter Paris, mais aussi et surtout sa fiancée Camille Moke ! Il fit tout son possible pour rester à Paris (2), mais hélas, c’était impossible. Pour ne pas perdre son prix, la mort dans l’âme, il prit le chemin de Rome.

Ayant échappé de peu à un naufrage, son bateau touche enfin Livourne le 27 février 1831. De Livourne, Berlioz gagne Rome, par la diligence, où il rejoint la Villa Médicis, qu’il appellera bientôt la « caserne académique ».

C’est à Rome que Berlioz apprend le mariage de sa fiancée, Camille Moke. Désespéré, il imagine un projet d’assassinat, visant Camille, son époux, ainsi que la mère de Camille ! Il essaye alors de rejoindre la France, pour mettre son projet à exécution, et parvient jusqu’à Nice, (alors en territoire Sarde). Là, une lettre d’Horace Vernet, le directeur de la Villa Médicis le rattrape. Il lui conseille de revenir à l’académie, et de ne surtout pas rentrer en France, sans quoi il perdrait sa pension. Berlioz, abandonna alors son projet et s’en retourna à Rome…

Un tel homme méritait bien de figurer sur un billet de banque !

Au cours des années 1960, la Banque de France commande à Lucien Fontanarosa (1912-1975), la réalisation de nouvelles coupures (3), qui seront progressivement mises en circulation.

Ce peintre français né à Paris, de parents italiens, partage son enfance entre la France et l’Italie. Très tôt attiré par le dessin, il entre en 1932 à l’École Nationale des Beaux Arts. Ses expositions remportent un franc succès. Il gagne de nombreux prix, qui lui permettent de voyager, notamment en Tunisie au Maroc ou en Espagne. En 1936, il obtient le grand prix de Rome et s’installe à la Villa Médicis début 1937.

Sur le billet de 10 francs, il représente au recto, Hector Berlioz, une baguette de chef d’orchestre à la main, dirigeant le 5 décembre 1837 la première exécution de son requiem, dans la chapelle des invalides à Paris. Au verso, dans un portrait (4) à l’identique, Berlioz tient une guitare (5), devant la Villa Médicis (6) à Rome. Édifiée au XVIe siècle, sur la colline du Pincio, elle devint en 1576, la propriété du cardinal Ferdinand de Médicis (7). La villa devint française par la volonté de Napoléon, qui l’acheta en 1803, pour y installer le siège de l’académie de France. Décorée de statues et de marbres antiques, sa superbe façade donne sur un jardin luxuriant. Au loin, on distingue la ville éternelle, le château St Ange et la basilique St Pierre. Gravé par Jubert et Renaud, l’ensemble en fait un des plus beaux billets de banque français.

Depuis Rome, Berlioz se fait explorateur ! Il s’aventure en montagne, parcourant les paysages sauvages des Abruzzes, qui plus tard influenceront son style musical. Lors de ces escapades à Florence, Naples et Tivoli, la beauté des ruines antiques, lui font quelque peu oublier le spleen et l’inaction, qu’il rencontre dans son séjour romain. En juin 1831 il écrit au sujet de la Villa Médicis : « Je n’y ai pas une idée, pas une sensation, l’ennui y a établi sa demeure, j’essaie quelquefois de descendre à Rome, mais je m’y ennuie encore d’avantage». Pour tromper l’ennui, le soir il se mit à chanter et à jouer de la guitare, dans le grand vestibule, à l’entrée de la villa ! Mais la mélancolie prenait toujours l’avantage. De ce fait il n’envoya à l’Institut de France à Paris, qu’un nombre restreint de partitions…

La vie à Rome était devenue si « insupportable » (8) à Berlioz, qu’il obtint finalement du directeur Horace Vernet, la permission exceptionnelle de rentrer en France, avant l’expiration des deux ans.

Fontanarosa, lors de son séjour romain, n’aura pas le temps de s’ennuyer. À l’académie, où il occupe l’atelier d’Ingres, il travaille beaucoup. Voyageant dans toute l’Italie, il y trouvera une source inépuisable d’inspiration, qui lui sera très profitable. La vie à Rome lui était agréable, puisqu’ à la fin de son séjour, en mars 1939, il s’y maria avec Annette, une artiste peintre.

La morale de l’histoire, c’est que, celui qui était allé à Rome pour faire de l’argent, négligea son art et perdit son amour. Tandis que celui qui se rendit à Rome pour exercer son art, trouva l’amour et fabriqua de l’argent ! Les choses sont parfois bien mal faites…

De nos jours, il ne reste plus grand chose de toute cette histoire, sauf peut être un beau dessin représentant un grand musicien… sur un billet de banque !

 




Pascal Grèze


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